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Mohamed Sadok LEJRI

Mohamed Sadok LEJRI

La participation de l’Espérance sportive de Tunis à la Coupe du monde des clubs dont le rideau de clôture est tombé samedi dernier ne correspond guère aux espoirs suscités par cette compétition qui demeure indubitablement, pour nous autres africains, une occasion de nous frotter aux plus grands, sans plus ni moins.  

Certes, la Tunisie est géographiquement un petit pays. En revanche, elle démontre régulièrement, et cela en dépit des difficultés multiples et variées qui constituent de sérieux obstacles à garantir un sport de qualité, à travers ses clubs pionniers, qu’elle tient toujours le haut du pavé en Afrique. En effet, les clubs tunisiens atteignent souvent les phases avancées des compétitions africaines.

Les péripéties de la finale de la Ligue des champions de la CAF a soulevé chez les supporters sang et or et chez ceux des autres clubs tunisiens de grands espoirs quant à l’avenir proche du club tunisois. L’E. S. T. avait remporté haut la main la Champions league africaine en réussissant une remontada spectaculaire et en dominant largement son adversaire cairote, surtout lors de la deuxième mi-temps du match retour, grâce à un jeu complètement maîtrisé.

Même si le doyen des clubs tunisiens a amplement mérité son titre de champion d’Afrique, ce sacre ne l’a pas empêché de subir un affront lors de son premier match en Coupe du monde des clubs, et ce, juste après son succès contre son éternel rival, le club d’El Ahly. Il faut dire que les supporters sang et or se mirent à caresser le rêve de voir leur club effectuer une belle prestation à la Coupe du monde des clubs. Les esprits qui se paient de mots ont même eu l’audace de parler de « finale ».

Le résultat de la première rencontre face au club émirati d’El Aïn (0-3) est venu ébranler les espoirs (trop vite) mis dans les capacités de la « bande à Chaâbani ». La victoire de la M’kachkha contre les Chivas de Guadalajara, le mardi 18 décembre 2018, avait un goût amer car le rêve s’était déjà évanoui. Pour le public sang et or encore désappointé, cette victoire revêt le caractère d’un sauve-l’honneur que celui d’une consolation. Cette victoire aux pénalties a été est ressentie par le public sang et or comme un artifice psychologique pour atténuer sa déception. Mais, au-delà de cet échec, c’est toute la structure du football africain qui se retrouve aujourd’hui en bas de l’échelle mondiale. Comment peut-on devenir rois d’Afrique et enregistrer, quelques jours plus tard, de toutes petites performances dans une compétition mondiale ?

En effet, en Tunisie, et en Afrique d’une façon plus générale, on a beau être le club le plus titré à l’échelle nationale et continentale, le jour où l’on se mesure aux plus grands, on y laisse des plumes. Il y a beaucoup de travail à faire pour que les clubs africains puissent un jour figurer parmi le gratin du football mondial. Des projections sur plusieurs années, voire sur plusieurs décennies, devraient être planifiées et nos clubs doivent se montrer capables de prendre des décisions sur le moyen et le long terme : perspective d’une formation sur la longue durée, projets d’installations sportives adaptées aux athlètes de haut niveau, organisation et gestion efficace des clubs professionnels, recours intensif à la science et aux leviers technologiques dans le domaine du sport…

En outre, un changement de mentalité s’impose pour vaincre le signe indien et mettre fin aux piètres performances des clubs tunisiens et africains aux compétions mondiales. Car s’il y a bien quelque chose qui caractérise autant les sportifs africains que les sportifs arabes, c’est bien leur manque de rigueur. Il faut inciter nos sportifs, dès leur prime jeunesse, à davantage de rigueur dans le travail.  Aucun progrès ne sera possible sans rigueur. Cela est valable, soit dit en passant, pour tous les domaines : sport, science, économie, enseignement…

Le sport de haut niveau exige de la rigueur dans le travail, seule la rigueur permettra aux clubs africains et arabes de rejoindre le cortège des pays sportivement performants. Les jeunes qui rêvent de briller sur le monde doivent, le plus tôt possible, prendre conscience que leur quotidien doit être aiguillé par un entraînement méthodique et un effort de tous les instants. Le sport de haut niveau, c’est avant toutes choses l’accomplissement à chaque instant du devoir de l’instant. Or l’absence de discipline et de rigueur caractérise l’ensemble des pays en voie de développement.

Il est évident que nous avons tout intérêt à nous mettre au diapason des grands clubs, nous devons au moins essayer de faire sortir notre football de son archaïsme et de son provincialisme, même si les moyens dont nous disposons sont dérisoires par rapport à ceux du Réal, de la Juventus, du Barça, des grands clubs des pays du golfe… Nous ne devons pas non plus nous livrer à une imitation aveugle du style européen, lequel est essentiellement basé sur la condition physique et la rigueur tactique, au détriment du beau jeu. La perte de l’essence même de notre football arabo-africain et le déni de notre identité footballistique sont des voies à éviter impérativement. Les clubs de l’Amérique latine, même s’ils ont connu des périodes plus glorieuses, pourraient être pour nous une source d’inspiration. Argentins et Brésiliens ont trouvé le juste équilibre en conjuguant le beau jeu à l’efficacité.    

La participation de l’Espérance Sportive de Tunis aux deux dernières compétitions internationales démontre que nos clubs phares sont à même d’honorer fièrement les couleurs du football tunisien, aussi bien à l’échelle régionale que continentale, mais qu’ils ne boxent pas encore dans la même catégorie que les grands de ce monde. Les ambassadeurs du football africain pourront toujours collectionner les victoires et enchaîner les sacres continentaux, leurs confrontations avec les champions d’Europe et les clubs des pays qui investissent énormément d’argent dans le football se solderont toujours par des échecs. Les victoires sans appel des grands clubs contre les représentants du continent noir risquent de se renouveler ad vitam aeternam si de profonds changements structurels et culturels ne sont pas mis en œuvre. Les clubs golfiques tentent de se frayer une place au soleil à coups de pétrodollars et les clubs européens continuent de dominer le football mondial de pied en cap et sans grande adversité. Pour nous autres Tunisiens et Africains, seul un éveil des mentalités pourra dénouer ce nœud gordien.  

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